Après relecture de mon post "Immobilisme et racisme ordinaire" j'ai réfléchi au fait qu'au lieu d'être là toute seule avec mes indignations je serais sans doute plus utile au sein d'une association, d'un mouvement, voire d'un parti politique, come je l'ai évoqué.
Mais la réponse est NON. Non je ne peux tout bonnement pas. Rien que l'idée d'être "embrigadée" au sein d'un truc où il faut croire et en quelque sorte faire allégeance à quelqu'un ou quelque chose pour moi c'est comme entrer dans une secte. J'ai conscience que c'est excessif comme réaction mais c'est ainsi. Même un acte aussi bénin que m'inscrire à un fan-club, c'est quelque chose que je n'ai jamais fait et pourtant je suis très fan, de Sting par exemple. Mais décidément...est-ce que je n'ai pas l'esprit de corps? De la difficulté à suivre une ligne de conduite (donc de m'insérer, de rentrer dans le rang?) Est-ce une méfiance disproportionnée vis-à-vis de toute "autorité"(où je ne supporterais pas qu'on me dicte ma conduite, ou qu'on tente de l'infléchir)? Pourtant dans les faits (et pour cause) je ne suis pas bien rebelle, tout ceci est donc compliqué et très contradictoire, encore une fois.
J'ai des opinions, mais prenons l'exemple d'une manifestation, puisque c'est d'actualité. Je n'y ai jamais participé car j'aurais l'impression d'être dans le troupeau, même si ce troupeau a des revendications légitimes à mes yeux.
La politique. Je l'ai dit, je n'ai strictement aucune culture politique et c'est pourquoi, je n'ai pas honte de le dire, je ne possède pas de carte d'élécteur. Je sais parfaitement que voter est une chance que beaucoup de peuples aimeraient avoir mais honnêtement pourquoi prendre une carte alors que je sais d'avance que soit je n'irai pas voter, soit je voterai blanc. Pour la "bonne" et simple (en tous cas) raison que je ne pourrais placer ma confiance en aucun homme politique quel qu'il soit. Enfin si. Si j'avais pu voter pour Nelson Mandela quand il s'est présenté en Afrique du Sud; je l'aurais fait, ça oui, c'est sûr. Il est la seule personnalité politique _la seule personnalité tout court_ que je considère comme un héros et que j'admire profondément. Pour le reste, y en a pas un pour rattraper l'autre, je ne vois pas comment exprimer ça autrement. Le culte de la personnalité m'étonne toujours, je me sens complètement étrangère à ça.Inconsciemment ça doit me ramener à des cultes aveugles et barbares, des élans de sinistre mémoire. Je ne sais pas. Que ce soit clair je ne compare en rien, je constate ce que je ressens. Comme diraient les Mickey 3D je veux bien me positionner en tant que citoyenne,
au sens le plus large du terme, mais pas politique.
Idem pour la religion. Faire partie d'une communauté de pensée, tout ça c'est pas pour moi. Il y a cette notion d'aveuglement et de dévotion dans les deux cas (politique et religion) qui me dérange. Alors, suis-je complètement asociale? Je suis incrédule, c'est vrai, j'ai toujours du mal à "avaler" ce qu'on me dit ou ce que je lis dans la presse. Pour moi il y a toujours un doute. Ca ne facilite pas la confiance, c'est certain. Et puis évidemment j'ai un gros problème avec l'autorité. Dans ma vie de tous les jours, depuis que je suis en âge de prendre mes propres décisions je l'ai fait de façon souvent bornée et sachant que j'allais dans le mur, juste histoire de ne pas céder, de ne pas avoir l'air d'obéir. Et aujourd'hui ça continue.
Je pars du principe qu'on n'est jamais obligé de faire quoi que ce soit, tant qu'on a pas un pistolet sur la tempe, ce qui me conduit à des comportements frisant parfois la légéreté. Rien de dramatique mais si j'ai un rendez-vous chez un toubib et que je n'ai pas envie d'y aller ou autre chose à faire, pour prendre un exemple très banal, je suis capable non seulement de ne pas y aller mais surtout ne pas prévenir. Ce n'est pas grave mais c'est pas très responsable. Le pire c'est que j'ai conscience de tout ça mais je continue. Tout au fond de moi je me dis que la vie est courte et qu'il ne faut faire que ce qu'on a réellement envie de faire (dans la mesure du possible bien sûr. J'ai des enfants, donc des obligations et des responsabilités, et je fais plein de choses que je n'ai pas toujours envie de faire; mais je les fais avec plaisir parce qu'elles sont devenues naturelles).Seulement je n'applique ce principe que très partiellement. Je suis vélléitaire je l'ai déjà dit, j'ai toujours l'intention de faire plein de trucs et puis je laisse tomber (je reparlerai de ce que j'appelle mon aquoibonnisme), et surtout mes problèmes de stress et d'angoisses m'empêchent de réaliser de nombreux projets. Mais sinon il est vrai que mon rapport à l'autorité est très complexe.
Je suis quelqu'un de plutôt bien élevé et j'ai quelques notions de vie en société (je parlerai aussi du Contrat Social) mais hormis Nelson Mandela donc je n'ai de respect spécial ni d'admiration pour personne sous le prétexte qu'il s'agit de quelqu'un d'"important" ou qui m'est supérieur hiérarchiquement. Pour moi on est tous des êtres humains, point. J'ai conscience de la naïveté totale de tout ça, j'ai l'impression d'être une baba attardée,mais c'est ainsi. J'ai beaucoup de mal à dire "Docteur" à mon mèdecin par exemple. Pour moi, c'est Monsieur, comme tout le monde. Je ne suis pas du tout impressionnée par le statut social ou la célébrité des gens. Ils vont tous aux toilettes, sans exception, c'est ça qui remet les choses à plat! C'est pourquoi je ne comprends pas les arrogants ni les condescendants, et n'accepte facilement ni les ordres ni les directives. Je ne suis peut-être pas bien maligne, mais au nom de quoi quelqu'un s'arrogerait-il le droit de me dire ce que je dois faire? Inutile de chercher longtemps pourquoi j'ai jamais eu de boulot stable à horaires fixes, ce sont des contraintes et des carcans qui m'oppressent et que je ne peux honorer.
Sans doute est-ce ma façon à moi d'exercer ce contrôle qui représente tant: lors de mes crises je panique parce que je sens que je perds le contrôle, je n'ai jamais bu ni fumé pour les mêmes raisons, cette difficulté à lâcher prise, à me laisser aller est très (trop) présente. Dans tous les domaines et je sais que le noeud de tous mes problèmes est là. Je ne sais pas s'il m'est déjà arrivé d'être totalement spontanée. En toute circonstance, gaie ou triste, même extrême, il y a toujours comme quelqu'un caché au fond de moi qui me regarde et par qui je me sens observée. Comme si j'étais en représentation permanente vis-à-vis de moi-même. Je dois vraiment passer pour une dingo totale là mais tant pis. Il faudrait que j'arrive à me laisser aller un peu plus mais j'ai peur que ce soit tout simplement contre ma nature.
Pour conclure sur l'engagement et le militantisme mon refus de tout ça est certainement un moyen de contrôler plutôt que d'être contrôlée.Et ça a sans doute évidemment un peu à voir avec mon éducation. On n'y échappe que très rarement..