Jeudi 25 septembre 2008
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18:01
Hier après-midi, dernier cours avec une élève de seconde, dans le cadre d'un stage de révision générale de début d'année. Nous faisons depuis quelques semaines des séances de deux heures et son niveau est, disons, très très moyen.
Nous sommes dans la banlieue bordelaise, quartier plutôt cossu, et la gamine, curieusement (nous verrons pourquoi par la suite) est du genre vieille France: habillée mode mais sans plus, et surtout coiffée genre Nelly Olson, avec les anglaises et tout. On est bien loin des djeuns des cités, donc. Sa mère, que je croise deux fois, a l'air ...normal, un peu effacée peut-être.
Pourtant assez vite je trouve la drôlesse très à l'aise. Déjà, elle n'a jamais de papier ni de stylo sous la main, ce qui est quand même gonflé pour un cours à domicile. Elle n'a non plus ni cahier ni livre de cours "sont dans ma chambre..." Je dois l'obliger à aller me les chercher ("Pff...c'est loin"). Et puis elle soupire à fendre l'âme, lâche des "putain, j'suis trop conne" et des "fait chier" toutes les cinq minutes. Je ne suis pas facilement choquable et cela ne s'adresse pas à moi, donc je ne bronche pas.
Depuis deux cours cependant, quelques réflexions désobligeantes fusent. Je lui présente un texte: "y a trop de mots" (?!) ou "pfff...c'est pas très intéressant". Je lui explique que les enfants commencent désormais l'Anglais au CP (ce qui selon moi, est un atout certain pour le futur). "Ah ouais (ton ironique), trop pas! (???) "Et d'abord qu'est-ce qu'y z'apprennent à l'école les mômes?" Je lui débite un petit texte que ma fille vient d'étudier en CE2, et qui contient des mots qu'elle-même ne connaît pas (en seconde, je rappelle). "Ah c'est trop nul! Et pis comme ça, on est sûrs qu'arrivés en 6ème y z-en auront déjà ras-le-cul de l'Anglais!".
Je suis la prof, me dis-je en serrant les dents, je dois me taire ET lui faire réviser son Anglais coûte que coûte. Je ferme ma gueule mais j'ai envie de claquer la sienne.
Hier je me pointe avec un cours et des phrases d'application préparés spécifiquement pour elle, ce qui, après tout, fait tout l'intérêt du "soutien scolaire personnalisé" que propose la boîte pour laquelle je travaille.
Je dois m'assurer entre autres qu'elle a bien compris l'utilisation des articles définis et indéfinis et la notion de durée. J'ai donc pondu une phrase qui combine les deux: "le président de la France est élu pour cinq ans". Des exemples, je dois en trouver par milliards (au moins (:-) chaque semaine et le sens importe peu au fond.Je voulais juste qu'elle place "the" et "for", period. Et la voilà qui se met à piailler "putain mais c'est trop nul ces phrases! Ahlàlà, Sarkosy j'en ai rien à foutre! Bon, Chirac à la rigueur" (oui je sais ça fait bizarre) et qui enchaîne "ça me fait chier, j'en ai vraiment plein le cul!".
Cette fois la coupe est pleine. J'ai une brève mais délicieuse vision de moi en train de lui mettre ma main dans sa petite tronche de merdeuse mal élevée mais ( notons l'héroïsme) je résiste. Au lieu de ça je respire un grand coup et lui dis calmement (mais sur un ton lourd de menaces, quand même):
" écoute, je conçois parfaitement que tu n'aimes pas l'Anglais et que ça te casse le cul d'en faire le mercredi après-midi mais je n'y suis pour rien. On me demande de te donner des cours de soutien car tu en as besoin. Mes phrases sont peut-être nulles mais je m'adapte à ton niveau et je fais au mieux. Maintenant soit tu changes d'attitude soit je prends mes affaires et je m'en vais. Tu t'expliqueras avec tes parents." Elle rougit comme une tomate, dents serrées, yeux pleins de larmes de rage. Je reprends stoïquement mon cours, et comme je suis bonne comme le pain (trop bonne trop conne oui!) au bout d'un petit moment je hasarde: "fais pas la tête, on s'est expliquées, maintenant on se remet au boulot" ."C'est bon lâche-moi!" me rétorque alors la pisseuse d'un ton hargneux. A bout, je lui propose de partir au bout d'une heure et de revenir la semaine suivante pour terminer le stage, une fois les esprits apaisés et mon envie de l'occire calmée. "Non, trop pas! On finit aujourd'hui et je te revois plus jamais" éructe alors l'exquise donzelle.
Arrive la fin du cours.Sa mère nous rejoint pour entendre mes conclusions et lance (la malheureuse!) un joyeux "alors, ça va l'Anglais?" à sa fille, qui lui crache au visage "ouais ben on voit que c'est pas toi qui te les farcis les cours". Déjà moi à 15 ans je parlais sur ce ton à ma mère, et devant des étrangers qui plus est, c'était la remontée de bretelles immédiate garantie. Là, yeux au ciel et sourire résigné. Sur ce la petite fée de mon coeur/cul part aux toilettes et j'explique alors avec des mots choisis à la maman qu'on s'est un accrochées.Je lui raconte la scène avec moult euphémismes toutefois, pour ne pas trop accabler la gamine, qui revient justement des chiottes où elle aurait dû rester. Je crains et j'espère à la fois l'engueulade ou au moins une remontrance voire une tarte bien sentie. Mais elle continue juste de sourire, vaguement gênée, et concède que c'est vrai,"[sa] fille est dure, elle parle mal, on sait plus comment la prendre..." et que j'ai eu raison de la reprendre si elle m'a mal parlé cette petite conne. Mais à la fille en question, pas un mot. Pas un "E., tu t'excuses immédiatement!". Non. D'ailleurs E. ne semble absolument pas craindre une quelconque réprimande maternelle.
J'en suis restée comme deux ronds de flan. C'est ça les parents d'ados maintenant? Bon, j'espère que mes gamines me mettront jamais dans cette position (ouais je sais, dream on!) et surtout que je saurai toujours les cadrer un minimum. Qu'elles respectent les autres, plus vieux, plus jeunes, "supérieurs" ou non.
On se respecte entre être humains, bordel!!! Non?
J'ai l'air d'une vieille conne là, je sais...