J'ai parlé dans mon post "Sum up d'une semaine" de mes rapports plutôt compliqués avec le sommeil. Ca ne date pas d'hier. Petite j'avais déjà du mal à m'endormir, je redoutais ce moment. Maintenant je me rends compte que c'était l'un des symptômes de mon anxiété future.
A ce propos j'ai en tête un souvenir précis qui doit remonter à mes 12 ans.Je n'avais pas encore de vrais problèmes d'angoisse. Je veux dire que j'étais certainement une enfant plutôt anxieuse mais je ne connaissais pas encore les attaques de panique et autres crises terribles. Je lisais un bouquin qui s'appelait "Moi, Eva 13 ans", une sorte de biographie d'ado un peu perturbée comme c'était plus ou moins la mode à l'époque ( "L'Herbe Bleue", "Moi, Christiane F. droguée, prostituée"etc.). Je me souviens qu'il y avait une photo de Brooke Shields en couverture. Et dans ce bouquin le père de la fameuse Eva, voyant qu'elle n'allait pas bien lui demandait si elle dormait suffisamment et lui disait: "quand on manque de sommeil on perd contact avec la réalité, et on finit par perdre son véritable soi". Cette phrase m'a fascinée. Je me souviens l'avoir lue et relue en essayant de m'imaginer ce que ça pouvait être de "perdre son véritable soi".
Rien n'est plus vrai que cette phrase. Aujourd'hui je me sens les 3/4 du temps hors de la réalité, parfois même (lors des crises) j'ai l'impression d'être en dehors de mon corps. De m'observer de l'extérieur ou au contraire de l'intérieur, comme si j'étais toute entière réfugiée dans ma tête. C'est extrêmement flippant. (Ca y est c'est officiel je passe pour la dingo totale). Mais c'est possible: je pense qu'il est arrivé à tout le monde de passer une nuit blanche ou de manquer de sommeil occasionnellement. C'est évident qu'à ce moment là notre perception des choses est altérée. Pour la plupart des gens ça n'a pas de conséquences parce qu'ils récupèrent rapidement leur déficit de sommeil. Mais pour moi qui suis en situation de manque de sommeil quasi- chronique c'est une autre paire de manches.
Je me demande à quel point une simple phrase dans un livre a pu influencer mon comportement. Est-ce que j'ai voulu essayer pour voir ce que ça faisait? Je ne me souviens pas d'avoir tenté ce genre d'expérience mais pour que je me rappelle aussi clairement de cette phrase c'est qu' elle a forcément eu un impact fort sur moi.J'ai dû vouloir goûter la douceur du danger, pour citer Véronique Sanson (qui pourtant m'énerve).Pour digresser une fois de plus les jeux dangereux de cour de récré genre "foulard", soi-disant à la mode depuis "quelques années" existaient déjà à mon époque. Je me souviens qu'une des grandes distractions de mon frère et ses copains c'était l'étranglement arrière par la taille qui conduisait inévitablement à la perte de connaissance. Ca me terrifiait et surtout je ne voyais absolument pas l'intérêt de ces comportements. Mais ça prouve bien que l'humain a toujours besoin de tester ses limites.
Bref bonne nouvelle il paraît qu'on peut toujours rattraper un retard de sommeil, même un gros. Donc comme je le disais dans "Sum up" il faut AB-SO-LU-MENT que je me recrée un rythme plus "normal". Mais c'est dur de faire machine arrière surtout quand le seul moment de la journée où on est complètement détendu(e) c'est précisément la nuit. Sans doute parce que personne ne va rien nous demander et que l'on n'a rien à prouver. Pas de source potentielle d'angoisse. (Quoique je me sois tapé des crises d'angoisse la nuit aussi, et pas des plus rigolotes).
(Un ami bloggeur vient de me dire que "Fight Club" traitait justement de la dissociation du soi due à la fatigue. Comment j'ai pu passer à côté de ce film? 5surtout que F. est un huge fan de Brad!). Je vais le louer illico. Merci Antoine!)
Pour conclure il y a aussi un passage d'un autre bouquin "Des cornichons au chocolat" (idem, diary d'une petite nana paumée) qui m'a marquée et que j'ai mis en pratique. C'est flippant aussi mais si vous voulez essayer: devant une glace vous vous regardez longtemps dans les yeux en vous demandant "est-ce que c'est vraiment moi?". Au mieux vous avez la tête qui tourne, au pire vous tombez dans les pommes, moi j'ai l'impression de "sortir de mon corps"( encore!).
Mais c'est quand même pas moi qui ai dit "Je est un autre". Ca aussi c'est très vrai au fond.
Je viens de repenser à "Fight Club". Je l'ai vu! C'est celui où Brad organise des combats clandestins dans un parking souterrain ou un truc de ce genre; je me souviens pas qu'il y était question du manque de sommeil et de ses conséquences mais je peux me tromper...