Le week-end dernier, l'école primaire de Fille cadette (et que Fille Aînée a fréquentée elle aussi) a été vandalisée pour la énième fois. Des sous-vêtements ont été brûlés dans la cour
et des bancs-coffres destinés à ranger les manteaux ont été remplis de merde ('xcuse my french).
La rumeur persistante veut que les gitans soient les auteurs du forfait. Il y a beaucoup de gitans dans notre commune. Comme toujours dans ces cas-là je suppose, on a droit à des bras de fer avec la municipalité au sujet des emplacements, et des pisse-vinaigre crient régulièrement aux voleurs de poule ou autre poncif de ce genre.
Alors que ce soit clair: je n'ai rien du tout a priori contre les gitans. Je pense que tous les êtres humains sont égaux, bleus, blancs, rouges, noirs ou verts. C'est candide et naïf mais c'est la vérité. Les expulsions de Roms me scandalisent. De plus on n'a pas de preuve que ce soient eux, sauf le fait que les vandales aient...déféqué. Ce serait apparemment une sorte de signature gitane. Mais ce sont juste, je le répète, des ouïe-dires et je ne leur accorde donc pas tellement de crédit.
Ce qui est sûr en revanche, c'est que c'est bien à une gitane puisqu'elle s'est elle-même désignée ainsi, que j'ai eu affaire lundi soir.
L'école est située dans une rue normale, sans parking. Il faut se contenter des quelques rares places spécialement créées pour les parents. Un policier municipal est là le matin, le midi et le soir pour aider les enfants à traverser et surveiller qu'aucun débordement de stationnement n'a lieu. On rigole pas dans la banlieue bordelaise. Pour ma part j'ai conclu un accord avec un papi riverain de la rue de l'école: il est d'accord pour que je me gare sur le bateau pavé devant chez lui puisque, dit-il "je ne sors jamais ma voiture et pis pour 5 minutes par jour c'est pas un problème". Lundi donc à 16h25, je me gare devant chez papi. Je remarque derrière moi une Mercedes noire aux vitres fumées, que j'oublie illico en me dirigeant vers l'école. Fille Cadette avait de la fièvre à midi et est restée à la maison. Je viens récupérer son sac et son manteau. Je suis en train d'échanger quelques mots avec la maîtresse au sujet des devoirs lorsqu'on me tape sur l'épaule. Je me retourne, une gamine d'une dizaine d'années est là qui m'apostrophe: "Hé! C'est à vous la voiture rouge? Ma mère dit qu'il faut vous déplacer, vous gênez". La maîtresse ébauche un "s'il-te-plaît, L..." navré qui ne me dit rien qui vaille mais j'ai tendance à me croire coupable de tout alors je rebrousse chemin vers ma voiture. Durant le très court trajet à pied je réalise toutefois que rien sur mon véhicule n'indique que j'en suis la propriétaire (pas de pare-soleil à mon nom, ni de plaque personnalisée avec ma photo, rien d'aussi classe). Pour venir directement à moi au milieu de dizaines d'autres parents il a donc fallu que la gamine et sa mère me voient me garer. Pourquoi alors n'ont-elles rien dit sur le moment?
J'en suis là de mes réflexions lorsque j'arrive, clés en main, sourire confus aux lèvres à la voiture. Et là, stupeur: la Mercedes (car c'est elle, ou plutôt sa propriétaire, qui m'a fait chercher par sa fille) a facilement 1 mètre de marge pour se dégager. Je ne la gêne absolument pas. La conductrice est au volant depuis le début, cachée derrière ses vitres fumées. Je lui dis poliment que je ne comprends pas où est le probléme, puis commence à m'installer au volant. C'est alors que j'entends l'autre brailler "t'es garée comme une merde, pétasse". Mon sang ne fait qu'un tour. Je me penche par ma vitre ouverte et rétorque "Hého, pétasse toi-même!" (non mais ho. Hein!) Que n'ai-je fermé ma gueule. La conductrice de la Mercedes se matérialise brusquement devant ma portière qu'elle ouvre à la volée. A ce moment je suis assise, coincée derrière le volant et ceinturée. La femme est toute de noir vêtue et couverte de chaînes qui doivent être en or. Quand on roule en Mercedes on ne porte sûrement pas de doré. Si? Bref, elle en a au cou, à la taille, aux chevilles entre le pantacourt et les low-boots à talons aiguille, aux poignets, plus les boucles d'oreille chandeliers, et des bagues à tous les doigts. Ses cheveux blonds aux racines noires 10 bons centimètres sont retenus par une pince qui lui fait une balayette à chiottes sur la tête. Trâès distâinguée, quoi. Après un instant de cécité du à l'éblouissement causé par toute sa quincaillerie, je réalise que la femme s'est positionnée de façon à m'empêcher de sortir de ma voiture et surtout, qu'elle me tient par le col et me secoue comme un prunier, ponctuant ainsi chaque parole venimeuse qui lui sort du clapet à une vitesse vertigineuse. "Tu m'as dit pétasse toi? Mais qu'est-ce tu crois, hein salope? Tu sais qui j'suis moi? J'suis gitane et j'vais dire aux autres de venir et on va te démonter ta sale gueule. Ca elle l'a répété plusieurs fois, pour que le message soit plus clair et sans doute aussi pour que je comprenne bien que j'avais une sale gueule. Puis elle m' craché dessus haineusement."Tiens, v'là pour toi! Mais t'as vu comme t'es garée? T'as pas l'droit d'êt garée là pis c'est tout. Horosement qu'tu m'dérangeais pas mais en tout cas l'garde-champêtre y dit qu'faut pas s'garer là et toi tu t'en fous? Et après tu m'dis pétasse? Tu t'casses ménan, allez barre-toi connasse". J'avais peur très peur, mais j'ai tenté de me justifier. J'ai ouvert la bouche pour dire connement que le papi et moi blabla. Mal m'en a pris. Dès qu'elle a vu que j'allais parler elle a hurlé "TA GUEULE" de toutes ses forces et m'a giflée. En pleine figure. J'ai même un peu saigné de la lèvre inférieure (une bagouse sans doute).
"Prends-ça dans ta gueule p'tite garsse"
Sur ce elle est retournée dans sa grosse voiture et m'a laissée tremblante et honteuse dans ma misérable Mégane Renault. Il y avait beaucoup de parents d'élèves dans la rue qui ont été alertés par ses cris et ont assisté à tout mais ça s'est passé trop vite pour qu'ils interviennent. Du moins j'aime à le penser. J'ai conduit jusqu'à chez moi en pleurant, de rage et de honte. Si Fille Cadette avait été avec moi, comme tous les autres soirs, elle aurait assisté à ça. Et je n'ose même pas imaginer les conséquences sur elle, très anxieuse et impressionnable, malgré ses airs bravaches. Depuis lundi elle tremble de peur à l'idée de croiser L. (la gamine) et que ça recommence. J'en ai parlé à l'Homme qui a eu l'air de penser que j'avais l'art d'attirer les emmerdes. J'attendais pas qu'il aille jeter le gant au chef des Gipsy Kings mais un petit "ma pauvre chérie" ou "quelle connasse cette bonne femme" auraient été les bienvenus. Enfin... Du coup j'ai glissé subrepticement deux mots au "garde-champêtre" qui m'a dit qu'il la garderait à l'oeil. Tous les soirs elle est là, derrière le volant de sa Mercade, et je me demande si c'est pas un jeu pour elle. Parce qu'il a fallu qu'elle me regarde me garer, me repère, puis envoie sa fille me pêcher dans la cohue de la sortie de classe. Donc c'était prémédité.
S'il s'avère que le saccage de l'école est bien l'oeuvre des gitans du coin, en plus de mon "agression",'il y en a qui cherchent la merde, c'est le cas de le dire. Et si à cause d'eux des amalgames sont faits ce sera bien dommage, mais à qui la faute? Je suis en terrain glissant là et je ne sais pas comment dire les choses comme je les ressens, c'est-à-dire sans haine ni préjugés. Déraper serait trop facile. Si elle ne l'avait pas précisé pour donner plus de poids à ses menaces, je n'aurais pas su qu'elle était gitane et cette meuf ne serait qu'une grosse conne parmi d'autres.
Mais je vais me garer ailleurs désormais. Bien que je ne dérange personne. Sauf ma gitana qui a dû être recalée à l'examen de gardien de la paix, je vois que ça pour expliquer tant de fiel.
Enfin, une humiliation publique et une gifle, ça m'a suffi.
Merci!