Les critiques sont dithyrambiques, les avis de cinéphiles partagés. Je me doutais que ça allait m'agacer, mais je suis curieuse, et puis je pouvais me tromper, alors j'y suis allée.
Et j'ai détesté "La Guerre Est Déclarée". CQFD.
En soi, le sujet me touche, évidemment. Qui pourrait rester indifférent à la maladie potentiellement fatale d'un enfant?
Mais pas une seconde, pas un instant je n'ai été touchée, encore moins "chamboulée" ou "tourneboulée", comme je l'ai lu ici et là, par ce que j'ai vu et entendu. Au contraire, j'ai trouvé ce film complètement ridicule. Sur la forme, et même, oui, sur le fond.
La forme d'abord. Déjà, la narration. Oh, on est dans un conte de fées? Oui, apparemment. Elle déambule en mini-short ras-la-craquette, ils partagent des pommes d'amour et se battent à coup de barbapapa. Et on entend "ils sont jeunes, ils sont beaux, ils s'aiment". Naaan! Je comprend le principe de narration quand l'un des protagonistes fait le récit de l'histoire ou revient sur des évènements passés. Mais là deux voix, une femme et un homme, nous expliquent ce qu'on voit, comme si on était cons. Puis on a bien faillli partir, avec ma fille, quand les amoureux, l'une à Marseille, l'autre à Paris, se chantent à distance une petite ode à l'eau de rose ("quand je pense à ta bouche cerise... "bla bla bla beurk ). WTF?
Et les effets visuels chiants et redondants. Ralentis, ou a contrario plans accélérés, déformés et surexposés pour bien montrer la douleur (course éperdue de Juliette dans les couloirs de l'hôpital pendant que son fils passe un scanner. Ou une IRM, je ne sais plus) Bien sûr elle finit par s'ecrouler au sol (mais gracieusement hein, pas comme une grosse merde/nous) et un aide-soignant la recueille dans ses bras musculeux. Et lui, le père. A l'annonce du diagnostic, pitié! Démarche erratique dans une sombre ruelle pavée, puis lente chute à genoux et hurlement über-sincère. D'ailleurs rien n'est sincère dans ce film. Et tout le monde joue mal. De vraies bouses. Ce qui est tout de même un comble quand on sait que c'est leur histoire que l'on suit. A la crèche, alors que les doutes sur la santé du petit se font plus sérieux, Roméo (!) s'écrie "mais, Juliette, notre enfant n'est pas normal!"(...) Quels parents se parleraient de cette façon dans la vraie vie, dans de telles circonstances? Quels parents disent "notre enfant" pour parler de leur gamin entre eux? C'en est risible. Et, minor detail but quand même, je plains le bébé choisi pour le rôle. La Juliette le porte comme un sac de patates, le secouant constamment comme un prunier.
Aussi: Roméo et Juliette. Alors oui, je comprends le clin d'oeil, et d'ailleurs elle le dit "nous sommes voués à un destin tragique" (mais non, vous verrez, eux ils le mettent bien profond au destin). Et ils appellent leur fils Adam. Pourquoi pas Jésus, tant qu'on y est? Si ç'avait été une fille elle se serait appelée Eve?
Le fond aussi me choque. Okay, j'ai saisi le postulat: la maladie, on y fait face en positivant à tout crin, toujours forts, toujours solides. "Détruits, mais solides", je cite. Pourquoi pas? Mais ils ont beau jeu, aujourd'hui, alors que leur fils est (heureusement) tiré d'affaire, de mettre en avant leur attitude guerrière et leur cran. Elle et son insupportable démarche de hussarde, sillonnant telle une conquérante le couloir menant à la chambre stérile de son fils... Le gosse est sur le billard pour 9 heures d'opération du cerveau? Toute la famille sable le champagne. On leur annonce que la tumeur est maligne et qu'il n'a que 10% de chances de s'en tirer? Ils vont dire à tout le monde que tout va bien. Un coup de mou? Juliette enfile ses beaux collants blancs et va danser comme une folle dans des soirées où tout le monde se roule des patins. Tout est outré, outrancier dans ce film. Mais il faut dire que ce sont de joyeux bobos très modernes et space, avec mère lesbienne (évidemment) et tout le toutim. Alors bien sûr ils peuvent pas (ré)agir comme tout le monde.
Votre fils est mourant? Faites un tour de manège!
Je trouve ce film d'un mépris total vis à vis des enfants malades et de leurs parents qui n'ont pas les moyens, ou l'envie, ou simplement le bon sens d'avoir ce style de comportement. Ceux qui sont dévastés, qui dépriment, qui craquent. Doivent-ils se sentir honteux de leur faiblesse? On n'a plus le droit d'être détruit par un truc pareil? Sans compter que tout le monde n'a pas la chance de connaître un happy ending. Et puis la merveilleuse forteresse de nos indestructibles s'est quand même fissurée. Ils ont eu des soucis financiers et leur couple, si fort, si solide, n'y a pas résisté. Je ne m'en réjouis pas, je constate. Comme le dit le fucking narrateur "la réalité les a rattrapés" (ou un truc du genre). Alors c'est bien beau de faire les malins, mais désolée, j'achète pas.
Ceci dit, ce n'est que mon avis et il vaut ce qu'il vaut.
C'est-à-dire pas grand-chose!