Temps ensoleillé mais très froid. Vais-je réussir à traîner l'Homme jusqu'à Lacanau sous le prétexte fallacieux d'une salvatrice oxygénation iodée des poumons de toute la famille, alors que je ne vise qu'une chose: le sac à main que j'ai repéré en novembre dernier, week-end de fermeture des boutiques pour l'hiver. Trop cher alors, mais la vendeuse avait bien insisté "on rouvre en février et les prix auront baissé". Je ne vois qu'une solution pour qu'il accepte d'aller se geler les bollocks en bord de mer (où souffle toujours un putain de blizzard glacé), lui faire admettre qu'on n'a pas eu de vraie St Valentin depuis 15 ans. Oui bon je sais que la St valentin c'est un truc commercial, un piège à cons (mais ça tombe bien je suis un peu conne) et tout et tout mais là ça m'arrange bien.
De toutes façons le dicton est formel: "sac à main matelassé, couilles de l'Homme gelées".
Bon euh, c'est ce style, que je veux. parce que les deux "C" enlacés je peux pas me les payer.
Et puis c'est vrai. Notre dernière St Valentin à deux c'était il y a quinze ans.
Car il y a 15 ans jour pour jour Messieurs-Mésé-Dames, j'étais sur le point de démouler ma première gluante. J'étais énorme. J'avais allègrement pris vingt-deux (22!) kilos et je portais des Coeurs-Croisés de Playtex empruntés à ma grand-mère (qui ne les trouvait pas assez sexy pour elle). Je n'avais pas vu mes pieds depuis plusieurs mois et pouvais à peine me déplacer.
Ma grand-mère en Coeur-Croisé.
On l'avait voulue cette boulette. Après trois ans de hauts et de bas, de "j'te veux/j'te veux plus", l'Homme (ce con) avait enfin réalisé que j'étais la femme de sa vie (ben la preuve) et qu'il fallait hop qu'on fasse un bébé rapido. Moi j'ai dit "Homme, marions-nous d'abord, car je veux avoir le même nom que mes enfants". ce qui était un peu concon, mais bon, c'est ce qu'on a fait. Un mois après les noces (c'est-à dire après que mon mari m'eût _passé simple ou subjonctif de ouf, là je sais pas) débarrassée de ma virginité -hum, j'avais une brioche au four.
Ma grossesse a été un rêve. Je n'ai pas été malade une seule fois, mon moral était au top, et moi qui suis une angoissée congénitale jamais sûre de moi là je me sentais forte parce qu'on était deux. Jamais je n'étais seule et ça c'était cool. J'ai pris ma seule et unique cuite (so far) à 6 mois de grossesse avec ma mère quand on a descendu à deux une bouteille de bourru. Cette période nous a rapprochées toutes les deux, notamment par le truchement (mot compte triple) du tricot. Je me lâchais sur tous les adorables modèles de layette qu'elle me montrait dans les catalogues Phildar, on allait choisir la laine ensemble et elle se déchaînait. On a bientôt été à la tête d'une collection de vêtements de bébé à faire pâlir Harper Seven Beckham et Suri Cruise réunies. On faisait des listes de prénoms, on les essayait, on s'imaginait en papa et en maman.
Bon, il y a bien eu la fois où j'ai eu l'idée idiote de faire un peu de gym prénatale à même le sol dur de notre salon. Foudroyée par une sciatique j'ai dû attendre quatre longues heures de martyre que l'Homme rentre du boulot et me trouve allongée parterre comme une grosse crotte (pas de portable à l'époque et j'ai pas réussi à me traîner jusqu'au poste fixe). Mais à part ça, quelle période bénie.
Oui, la grossesse a été un rêve. La suite, un cauchemar total.
Elle était prévue pour le 19, elle s'est pointée le 15. Elle était magnifique.
Mon amour de bébé.
(A suivre)
A bientôt mes droughies!