Concours

Recommander

Vendredi 19 octobre 2007 5 19 /10 /2007 00:34

D'une façon ou d'une autre il faut que je revienne sur mon post précédent. Pas pour me justifier mais parce que j'ai pu donner l'impression de minimiser le geste de Bertrand Cantat.

Si c'est le cas cela peut sans doute s'expliquer par ce qui va suivre.

J'ai eu une enfance que tout un chacun qualifierait d'heureuse. Je n'ai jamais manqué de rien, jamais eu ni faim ni froid, des vacances à la mer ou à la montagne l'été, au ski l'hiver, des cadeaux à Noël et aux anniversaires. J'ai reçu de l'amour de mes parents, j'étais plutôt une bonne élève, bref, un long fleuve tranquille. De l'extérieur. 

 

Je ne sais pas exactement quand je me suis vraiment sentie impliquée mais j'ai vécu une énorme partie de cette enfance, puis mon adolescence, dans la terreur permanente.

La terreur de la gifle qui part comme ça dans la figure de ma mère, du coup de pied bien humiliant dans les fesses, des coups de poings. A table, en voiture, si une dispute éclatait ou si simplement il était de méchante humeur, pif paf ça partait. En pleine gueule. C'a été jusqu'à une fracture du sacrum "je me suis pris les pieds dans le tapis et je suis tombée" avec 45 jours de lit à la clé. Les cris, les injures les plus basses, les plus sales, les hurlements, les menaces, les coups et les pleurs, c'était mon pain quotidien, mais le pire c'était la peur.

Peur et mal pour ma mère. Honte et horreur de lui qui lui faisait du mal. Honte de mon incapacité à la protéger. Pourtant je jure que j'ai fait tout mon possible. Je m'interposais, j'essayais de le raisonner, parfois pendant des heures, je le suppliais. J'argumentais, je démontais ses arguments de jaloux maladif un par un , l'un après l'autre. Mais je ne gagnais jamais. Les coups finissaient toujours par tomber. Je n'étais qu'une gamine.

 

Et je les agaçais tous les deux finalement.

Lui parce que j'étais en travers de sa route. Il en est venu à me menacer aussi. J'entends encore le "je vais te massacrer" qu'il a hurlé à deux reprises d'une voix de fou, d'une voix que je ne voulais pas pour mon père. Parfois j'espérais qu'il ne l'était pas vraiment. Il m'a projeté des objets à la figure mais ne m'a jamais touchée de ses mains. J'aurais répondu, quitte à rester sur le carreau. Je n'avais pas peur pour moi. Une fois, la fois où il a défoncé la porte de la chambre où s'était réfugiée ma mère, j'ai appelé la police. Ils sont venus, et c'est lui-même qui est sorti dire que tout allait bien. Ma mère me retenait dans la maison, pour "ne pas aggraver les choses". Je pleurais de rage et de frustration.

Elle, je l'agaçais parce qu'elle devait se sentir coupable de nous infliger tout ça (malgré elle) et que j'étais l'incarnation de sa culpabilité. Quand j'étais seule à la maison les voisins venaient et me disaient de demander à mon père de se calmer un peu. Les cons! Ils savaient et ne faisaient rien. Ils s'en remettaient à une petite fille. Ma mère (très soucieuse du paraître) avait honte vis-à-vis de notre entourage. Les cris s'entendaient forcément. Les bleus sur son visage se voyaient. Et de savoir que les voisins me parlaient la mettait en colère contre moi. Je faisais le lien, un lien qu'elle refusait. Mon frère, qui s'enfermait dans sa chambre avec la musique à fond et attendait que l'orage passe, ne les ennuyait pas. Du coup aujourd'hui encore je suis la chieuse et lui celui qui ne fait pas de vagues. Et on préfère toujours ceux qui remuent pas la merde, pas vrai?

 

Je ne sais pas dans quel mesure cette enfance troublée a retenti dans ma vie d'adulte mais sans faire la psy à deux balles je crois pouvoir affirmer que mes crises de panique ont beaucoup à voir avec tout ça. Eux vivent désormais tous les deux dans le déni, ce qui ne m'aide pas. Toujours ce truc de pas remuer la merde...

 

J' en ai très peu parlé, et à aucun psy en tous cas. A mon mari, oui bien sûr, et curieusement à un couple de copains dont je n'étais même pas spécialement proche, mais qui me chantait un peu trop les louanges de mon père: un homme charmant, un papi gâteau, un vrai gentleman, prévenant, gentil. Je venais de lui répondre un peu sèchement et ils s'en étonnaient. Alors j'ai craché le morceau. Ils en étaient sur le cul. Je ne sais même pas si je l'ai dit à Al. Si ce n'est pas le cas c'est simplement parce que c'est encore très dur de dépasser cette...honte. Il n'y a pas d'autre mot.

C'est une honte que Bertrand ait frappé sa compagne. Personne ne devrait frapper personne. Il n'y a pas de "on ne frappe pas une femme" qui tienne. Les femmes ne sont pas inférieures, ni plus faibles, ni en voie de disparition. On ne frappe pas. Personne. Jamais. Point.

 

Mais, et ce que je vais écrire va paraître terriblement cynique, Marie aurait pu ne pas mourir. La même scène aurait pu se produire dix fois, dix fois de trop, et neuf fois sur les dix elle s'en serait sortie avec des bleus. Elle l'aurait quitté, ou pas, peu importe. Mais elle aurait vécu et il n'y aurait pas eu d"affaire". 

Ma mère a eu de la chance, Lio, frappée par Zad, le père de ses jumelles, a eu de la chance. Marie Trintignant n'en n'a pas eu. Khaled, qui chantait "Aïcha" il y a quelques années, a été jugé pour avoir frappé sa femme enceinte. Qui s'en souvient? Elle n'est pas morte, alors il n'est pas un monstre. Si l'on va au bout du raisonnement, mon père, qui a battu ma mère comme plâtre pendant des années, mais sans la tuer, n'est pas un monstre. En revanche Bertrand, qui a peut-être frappé quelqu'un pour la seule et unique fois de sa vie, en est un.

 

Attention, je n'excuse rien. Il n'aurait pas dû la frapper. Jamais. Il est responsable de sa mort.

 

Tout ce que mes amis ont dit sur mon père est vrai: c'est un homme charmant, poli, cultivé, généreux, prévenant, et un excellent grand-père. Tout cela est vrai, mais le reste aussi.

Quand j'ai écrit que Bertrand avait toujours été charmant avec moi c'est ce que je voulais dire. Moi, je ne peux pas affirmer que c'est quelqu'un de violent. Il est (était du moins) gentil, drôle, disponible, et physiquement très mignon, or on a plutôt tendance à être bien disposé envers les gens plaisants à regarder. C'est injuste mais c'est vrai. Cependant je ne le connais pas assez bien pour tout savoir.

 

Pour moi Bertrand Cantat n'est pas plus un monstre que mon père. Lui et Marie n'ont pas eu de chance.

 

C'est la simple, crue et abominable vérité.

Par Nanou - Publié dans : nanounanou
Ecrire un commentaire - Voir les 9 commentaires - Recommander
Retour à l'accueil

Calendrier

Janvier 2010
L M M J V S D
        1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31
             
<< < > >>

Recherche

Créer un blog sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés