Dimanche il a fait beau et chaud dans la région bordelaise. Mais au lieu d'aller à la plage je suis allée à l'hôpital . A l'Hôpital des Enfants, rendre visite à une petite fille de six ans coincée là-bas depuis le mercredi précédent.
Cette gamine je n'en ai pas toujours pensé, ni dit, que du bien.
Quoiqu'il en soit c'est d'ordinaire une très jolie petite fille, avec un visage de bébé de catalogue. Et j'avais beau m'être un peu préparée à ce que j''allais voir, je ne m'attendais certes pas en entrant dans la chambre à tomber sur une petite version d'Elephant Man. Du moins concernant tout le côté droit de sa figure.
La petite a été mordue par un chien. Très exactement par la chienne de son oncle, qu'elle connaît depuis toujours. Elle était assise à table et ne s'occupait pas du tout de l'animal quand celui-ci lui a sauté au visage et (presque) emporté un morceau. Sang, urgences, attente, points, colle chirurgicale. Le lendemain tout s'est infecté et il a fallu opérer. Défaire les points, nettoyer, vider, gratter haut la joue douce et les lèvres délicates. Puis recoudre avec du gros fil bleu.
Quand j'arrive dimanche son visage n'est qu'une boursouflure, chairs meurtries, oeil droit fermé, et sa maman doit lui appliquer régulièrement de la vaseline sur sa plaie "pour que la cicatrice soit moins vilaine". En un peu plus de deux heures (le temps que j'ai passé près d'elle), on lui a changé trois fois les grosses seringues de médicaments dans la perf high-tech à laquelle elle est reliée et qui sonne sans arrêt. La petite a chaud, soif, faim, elle voudrait bouger mais pas un instant elle ne se plaint de sa blessure.
Moi je suis au bord des larmes mais je me retiens. Ma copine S. est forte elle, et elle est seule pour affronter ça. Personne pour la relayer le temps d'aller chercher du linge propre chez elle ou s'acheter à manger. Alors elle y va le soir, quand la petite dort. Elle est sortie un petit moment pendant que sa fille était au bloc et est revenue pour trouver celle-ci de retour dans sa chambre, seule. Elle en a pleuré de culpabilité et la petite le lui a fait payer à sa façon, en étant un peu méchante. Je lui demande pourquoi elle ne m'a pas prévenue plus tôt, je serais venue donner un coup de main. Elle hausse les épaules et me dit d'un ton résigné qu'elle gère, qu'il faut bien, elle a l'habitude. Elle se demande seulement comment elle va s'arranger avec son boulot vu que sa fille ne retournera sans doute pas à l'école cette année...
Le père est venu une seule fois en six jours, et accompagné de sa nouvelle "pouffe" (sic). Classe et responsable. Pas la peine de compter sur lui.
La petite ne veut pas pour l'instant retourner chez ses grands-parents où de toutes façons la chienne, qui selon eux est "seulement jalouse" se balade tranquille. S. l'a mauvaise et je la comprends. Bon d'accord je ne suis pas super fan des chiens mais même, une bête qui en est à sa troisième (!) morsure sur des enfants ne devrait-elle pas être au moins éloignée?
Pour l'instant on ne sait pas trop comment cela va évoluer. L'énorme oedème va sans doute se résorber mais cette bouche tordue, cette moitié de visage détruite. Pour l'instant la petite est défigurée. C'est certainement temporaire, (je l'espère de tout coeur) et il y aura sûrement de la chirurgie réparatrice à effectuer sur la cicatrice mais voir une si mignonne et fragile petite bouille malmenée comme ça c'est révoltant. Tout a basculé si vite!
Ca me conforte dans l'idée qu'on ne peut jamais faire entièrement confiance à un chien. A un animal tout court. Surtout quand il s'agit d'enfants.
Et je réalise aussi combien il est difficile, quand on est une maman seule, de faire face à tout. C'est presque impossible. S. tient sur les nerfs pour le moment, mais d'ici quelques temps, quand la pression sera un peu retombée, ou si par malheur les nouvelles sont mauvaises?
Mais non, il n'y a pas de raison.
N'est-ce pas?