Ce matin, 6h45, tête dans le Skywalker. Fille Aînée, levée aux aurores, vient me demander mon avis sur sa tenue du jour : mini-jupe noire, (fausses) Ugg basses noires, grand sweat molletonné gris. Entre la jupe et les bottes, deux jambes fuselées caramel. Au-dessus du sweat, son doux visage de biche est encadré par de longues mèches miel (Je suis en plein trip métaphores culinaires).
Putain (me dis-je in petto), elle est canon la petite garce.
Isn't she lovely?
J’ai une vision de Jennifer Beals dans la scène culte de Flashdance, habillée presque pareil. La mode, ca s’en va et ça revient. Tiens, Odile, Jennifer Beals, encore une qui est mieux (si possible) maintenant qu’à l’époque.

Je crois que la jupe (en cuir) est dans sa main.

Encore mieux, non?
Galvanisée par cette vision enchanteresse et fière parce que c’est moi qui l’ai faite, je décide d’étrenner mon mini-cardigan corail acheté en juillet. Comme j’ai repris du poids (des nichons, quoi) je devrais le remplir joliment, pensé-je. J’enfile un jean et me soumets au verdict du miroir. HORREUR. Entre le jean et le cardigan, un vieux bourrelet de pâte à pizza blafarde tremblote. Au-dessus, ma gueule du matin, chiffonnée, ridulée, sous un rideau de cheveux filassous et emmêlés.
Je suis moche à arrêter les pendules. A effrayer les animaux domestiques. A me prendre des cailloux dans la rue.
Bordel, comment font les jeunes pour…être si jeunes ?
Mon petit bouchon...Ca pousse si vite! (Et l'Homme et moi, les gueules!)
Cette gamine. Elle a 17 ans et demi, elle est splendide (oui je sais que même la guenon trouve que son petit est le plus beau du monde_ mais bon, ça reste un singe) et elle sollicite mon avis sur son look. Je ne peux m’empêcher d’être flattée. Et de me demander si elle me filme en cachette avec son smartphone pour rigoler de moi par la suite avec ses potes.
A une époque, j’ai pris plaisir à lui enseigner les bases du maquillage. Deux minutes plus tard me sembla-t-il (ce passé simple, bon sang !) elle me faisait un tuto sur les secrets de l’application du fond de teint et la pose du mascara. Aujourd’hui c’est moi qui vais la voir quand je veux un makeup un peu sophistiqué. Il faut dire que ma trousse se résume à une crème de jour, un anticernes, une poudre, un eye-liner et un gloss qu’elle m’a donné. Et je fais pareil tous les jours (je ne suis pas très aventurière de la palette). Elle a une quantité de produits hallucinante et surtout elle sait parfaitement les utiliser.
C’est une vraie fifille, elle aime les fringues et tout ce qui va avec, et prendre soin d’elle. Et, je l’ai dit, elle est belle.
Mais pas que.
C’est quelqu’un de bien, Fille aînée. On a eu des débuts difficiles, elle et moi, j’ai beaucoup culpabilisé et craint un moment que nos rapports futurs en pâtissent. Surtout là, en pleine adolescence. Surtout alors que j’étais ultra-fusionnelle avec sa sœur. Mais c’était compter sans son cœur XXL et son supplément d’âme.
Il y a une douzaine d’années j’ai accompagné une copine chez une voyante. J’étais là en spectatrice, mais à la fin de la séance la dame (une petite mamie) m’a dit qu’elle avait eu un flash concernant du feu à mon sujet, et qu’elle préférait me le dire. Deux mois plus tard la maison de mes parents brûlait jusqu’aux fondations, ce qui m’incita (re-passé simple, bim !!!) à accorder du crédit à l’autre chose qu’elle m’a dite. « Vous avez une fille, et c’est quelqu’un d’exceptionnel, vraiment à part. Elle vous sera très précieuse ». A l’époque Fille Aînée avait 4 ans, et j’étais à fond dans mon gagatisme pour Fille Cadette, donc je n’y ai pas prêté plus attention que ça. Mais c’est vrai. Si j’osais citer cette quiche de Marion Cotillard (!), je dirais que c’est une belle personne.
Ma bichette!
Déjà, elle est gentille et douce, affectueuse et très câline, ce qui à son âge n’est peut-être pas si courant que ça. Par exemple elle nous tient par la main ou le bras son père et/ou moi en public. Moi à 17 ans si je devais absolument sortir avec mes parents je marchais 10 mètres derrière. Elle a besoin de son bisou du matin et de celui du soir. Quand elle dort chez un(e) pote elle envoie toujours un SMS au moment où elle se couche, pour dire bonne nuit. Elle adore les papouilles et les petits massages de môman (moi aussi mais chut). Elle comprend sa petite sœur mieux que nous souvent, et sait parfaitement « la gérer ». D’ailleurs Cadette lui fait une confiance et lui voue une admiration absolues. Bon, on n’est pas chez les Bisounours et elles se traitent de pute et de salope régulièrement, mais globalement elles ont super une relation, en partie grâce à la patience et à la compréhension de Fille Aînée.
Ces immenses qualités me sont apparues clairement il y a quelques mois, alors que j’étais au fond du trou. Personne ne trouvait les mots pour me remonter, personne ne comprenait. Sauf elle. Sans que je lui demande rien elle a su quoi dire ou quoi faire. Je me sentais coupable parce que ce n’était pas son rôle, et quand je le lui disais elle répondait que c’était elle qui voulait me parler, que personne ne la forçait, que c’était OK.
Elle seule m’a dit que c’était pas si grave que je sois mal, qu’elle et sa sœur m’aimaient très fort et pouvaient se débrouiller un peu sans moi si j’avais besoin de souffler. Que l’Homme réagissait mal parce qu’il avait peur et manifestait son désarroi par de la colère. Que peut-être j’allais encore « descendre » mais qu’après je remonterais, c’était évident. Que oui j’avais beaucoup maigri et que j’étais faible, ce qui aggravait mes symptômes, donc mon angoisse, donc ma déprime. Que personne ne m’en voulait (pas sûr que ce soit vrai mais j’avais besoin de l’entendre) et que je pouvais pleurer dans ses bras, ce que j’ai fait à de nombreuses reprises. Jamais elle n’a prononcé les phrases toutes faites qui ne servent à rien : « secoue-toi », « fais des efforts », « tu réagis en égoïste » etc.
Et ça, ça n’avait pas de prix.
Elle me disait que j’étais belle (!!!), que j’étais et serais toujours la meilleure maman du monde.
Elle m’a fait tellement de bien. Elle était si sage, si bienveillante, si aimante. J’ai repensé aux mots de la voyante et j’ai su qu’elle avait eu ô combien raison.
Voilà, c’est ma fille. Une sacrée nana. Je lui ai dit bien sûr à quel point j’appréciais qui elle était, comme j’étais fière.
Et je sais qu’elle ne lira pas ceci mais je l’écris quand même : je t’aime ma puce, plus que les mots ne peuvent l’exprimer. Tâche de rester celle que tu es.
Et je péterai la gueule à celui ou celle qui te fera souffrir J