En fin d’après-midi mon père a ramené ma nièce chez elle, comme il le fait environ deux fois par semaine, quand elle passe la journée chez papi et mamie. A une intersection un motard les a percutés, il a fait un vol plané au-dessus de la voiture. Il a au moins un bras et le bassin fracturés, on en saura plus demain. Anna a eu très peur, mon père est choqué et inquiet pour le blessé, la voiture bousillée. Toute notre petite famille a été secouée.
Avant de rentrer chez moi je passe en vitesse à la pharmacie. Tiens, Isabelle (ma préférée) n’est pas là. Non.
Ce matin elle a dû embrasser son mari, lui souhaiter une bonne journée et lui dire « à ce soir ». Et puis elle a emmené son petit garçon chez ses grands-parents, ou l’a confié à une nounou. En milieu de matinée des policiers sont venus sur son lieu de travail. Ils lui ont dit qu’elle allait devoir être courageuse. Elle n’a pas bien réussi. Il faut dire qu’on lui a annoncé qu’elle n’avait plus de mari. Que leur petit garçon n’avait plus de papa.
Je la connais peu finalement, Isabelle, mais elle est douce, bienveillante, gentille, toujours prête à dépanner si on a oublié une ordonnance.
Elle doit avoir tellement mal que je ne peux même pas l’imaginer.
Tout ce que je peux faire c’est penser à elle et à Théo, avec une boule dans la gorge.
Il suffit d’une putain de seconde. Putain.